Designated Survivor, un épisode 2 trop prôche de la réalité.

La semaine dernière, j’ai écrit une introduction sur la nouvelle série de Kiefer Sutherland : Designated Survivor. On y parlait d’un président par erreur, et d’un attentat décimant l’administration américaine. Je n’aurais pas cru qu’une semaine après, l’épisode 2, conséquences de l’attentat, seraient si similaires au comportement outre-atlantique, qui suivrait la victoire républicaine.

Designated Survivor : Vous reprendrez bien un peu d’racisme.

Après les attentats, certains sheriffs et comtés mettent les musulmans sous couvre-feu. Cette discrimination ne rappelle-t-elle pas de trop près les déclarations Républicaines et les actes racistes commis depuis une semaine? Cette « prédiction » remet très vite en perspective la réaction « surprise » suite à la victoire de Trump. Si des scénaristes s’approchent autant de la réalité, c’est bien parce que cette réalité est perceptible depuis longtemps.

On oublie très vite que le vernis de politesse et de civilisation est prêt à craquer dans toute situation de crise. Il faut réaliser que l’élection de Trump, comme les émeutes de la série ne sont pas dues au hasard. Près de la moitié des électeurs du 8 novembre ont voté pour un candidat sexiste et raciste. Pour un candidat qui est soutenu entre autres par le Ku Klux Klan. Ils ont voté pour un Vice Président qui fait passer nos fachos pour des modérés. Ils sont nombreux, et la haine qu’ils véhiculent est symptomatique d’un mal-être général. En conséquence, les dérapages racistes et la violence ne sont que logiques.

Dans Designated Survivor, on parle de sécession de la part de certains états. Ce qui n’est pas sans rappeler les pétitions pour sortir les états démocrates d’une union qui ne les représente plus. Un collège électoral où les états ruraux pèsent proportionnellement plus que les états urbains.

Designated Survivor : Comment créer un cabinet en manquant d’expérience.

Là aussi, cela semblait il y a moins d’une semaine totalement surréaliste. En effet, comment penser qu’un cabinet présidentiel pourrait être composé d’amateurs.  Et là encore Designated Survivor met les pieds dans le plat sans pourtant vraiment vouloir le faire exprès.

Avec une élite massacrée, Kirkman se retrouve à devoir former un gouvernement sans vétérans de Washington.

En permanence menacé de destitution, Kirkman, ses nominations et ses choix symboliques sont passés au microscope. Ce Président, perçu comme incompétent est miné par une presse qui veut du spectaculaire, par des survivants politiciens qui veulent sauter sur l’occasion pour briller, et par des ennemis qui n’arrivent pas à passer outre les querelles partisanes pour le bien commun.

Cela aussi permet de remettre en perspective les premiers pas de Donald Trump à la Maison Blanche.

Designated Survivor, propulsé récit national libéral par la force des choses.

Cette série, originalement assez anecdotique dans son écriture et sa production, prend une importance imprévue. Dans un pays traumatisé par un amateur ultra conservateur, Hollywood nous offre un Démocrate plein de bons sentiments qui rencontre les mêmes difficultés. De fait, cette série porte tous les espoirs libéraux et permet aux déçus de l’élection d’exorciser certains démons.

D’un divertissement classique, la série se trouve imbue d’un pouvoir cathartique dont les libéraux ont bien besoin aujourd’hui. Elle nous montre l’importance d’agir pour le bien commun, quand bien même nous ne sommes pas d’accord sur tout avec les décisions de nos dirigeants. Elle nous rappelle aussi que nous ne sommes pas à l’abri de la barbarie si les choses tournent mal.

Designated Survivor remet en perspective la difficulté du travail du Président, fonction que l’on a trop souvent brocardé depuis 25 ans. Il est nécessaire de rappeler à tout le monde que la fonction est particulièrement dure à incarner. Il est important de se souvenir qu’à force de cracher sur nos dirigeants pour des bricoles, qu’à force de ne souligner que le mauvais, finalement on fait le jeu des populistes de tous bords.

A force de ne voir que cynisme et calcul, on porte au pouvoir les plus cyniques et les plus calculateurs.

On pourra reprocher à la série une certaine forme d’angélisme qui n’est pas sans rappeler celle de The West Wing. Mais des fois on a aussi besoin d’angélisme et d’espoir. On a besoin de pouvoir croire en certaines choses, et la vision doit dépasser les calculs politiques.

Ce qui a contribué au succès de Barack Obama, c’était d’abord d’avoir l’audace d’espérer. C’est cela qui manque au discours progressiste et libéral actuel. L’audace d’espérer, l’audace de porter une alternative qui fasse envie, l’audace de croire qu’une meilleure humanité est possible.

Pour aller plus loin : 

Vous pouvez retrouver l’épisode, par exemple,  sur Netflix.

Mais aussi vous procurer les œuvres proposées chez Amazon en soutenant ce site.

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